[Journée d’étude] Interfaces et images environnementales : Écologies des données et mondes numérisés

Date : 11/06/2026
Lieu : Université de Tours


Journée d’études organisée par les équipes de recherche PRIM (UR7503) – Université de Tours et Paragraphe (EA 349) – Université Paris 8.

Inscrite en sciences de l’information et de la communication, cette journée d’études vise à interroger la relation entre images numériques, interfaces et environnement, telle qu’elle se déploie dans des contextes médiatiques hétérogènes, orientés vers la représentation des écosystèmes, le prototypage d’expériences artistiques questionnant l’Anthropocène et la production des données qui circulent et façonnent un rapport au monde.

D’un point de vue théorique, la tradition interdisciplinaire des études médiatiques et visuelles a souvent appréhendé les médias à travers des métaphores environnementales. On pense à l’idée d’« écologie des médias » (Fuller, 2005 ; Citton, 2014), à celle d’Internet comme espace « virtuel » (Vitali-Rosati, 2012), ou encore à la notion plus contemporaine d’« espace latent » (Somaini, 2022).

Aujourd’hui, à l’heure où les processus de numérisation et de datafication (van Dijck, 2014) se généralisent, cette relation se manifeste non seulement sur le plan théorique et métaphorique, mais aussi dans les pratiques des disciplines telles que la géographie, la biologie ou la géologie, lorsqu’elles mobilisent des approches computationnelles de l’environnement et du territoire, ainsi que dans de nombreux champs des sciences humaines et sociales. Dans ces contextes, les interfaces et images environnementales — visualisations statistiques, modèles 3D, applications interactives, et tableaux de bord — contribuent à traduire les flux d’information produits par des capteurs, tout en documentant les phénomènes environnementaux, en cartographiant et en
représentant les territoires, et en analysant les dynamiques propres aux milieux sociotechniques (Lefebvre et al., 2012 ; Kohlmann, 2023).

Ces médiations transforment en profondeur nos manières de percevoir, de représenter et d’appréhender empiriquement le monde, en s’appuyant sur la capacité de la « machine de vision » (Virilio, 1988 ; Hansen, 2015 ; Zylinska, 2023) à dépasser la perception humaine et à produire de nouvelles formes d’intelligibilité, et au même temps ils s’expriment concrètement dans des images, des logiciels et des applications qui traduisent en permanence l’environnement naturel en entités numériques. Les images et les interfaces environnementales ne se contentent pas de traduire l’hétérogénéité des substances du monde et les complexités du vivant en code binaire ; dans les pratiques du design de l’interaction et du jeu vidéo, elles configurent des environnements numériques à parcourir à travers des opérations de sélection, de filtrage, de navigation et d’exploration, au moyen de processus sémiotiques de traduction et d’interprétation des milieux (Nardi, 2019). Certaines médiations du design d’interfaces, comme les visualisations de données interactives, peuvent également favoriser la compréhension, l’analyse critique et l’action sur des problématiques situées. D’autres interfaces se présentent parfois comme « immersives » (Chatonsky, 2012), cherchant à représenter des informations au moyen de registres artistiques et esthétiques multisensoriels, comme dans le cas du design vidéoludique, où des logiques de simulation et de mise en scène spatiale sont mobilisées pour transformer les données en environnements navigables de manière incarnée. Dans tous ces cas, les images environnementales ne se présentent plus seulement comme des dispositifs informationnels ; elles apparaissent aussi comme des artefacts symboliques et artistiques, dont les formes et les usages s’articulent souvent dans une perspective critique (Allard, Brouard et al., 2025).

À la croisée de ces perspectives interdisciplinaires, cette journée d’études portera sur des projets de recherche relevant des médiations numériques qui saisissent le vivant, sur des prototypes de recherche-création en art numérique mobilisant la visualisation environnementale et interrogeant ses enjeux, ainsi que sur des réflexions consacrées à la visualité post-humaine et aux régimes communicationnels entre humains, environnements et autres vivants.

Les interventions de la journée pourront porter sur la liste non-exhaustive de domaines suivants :

  • Images et interfaces de la communication environnementale dans les pratiques scientifiques (sciences de la nature, informatiques, recherche création) ;
  • Le design des environnements numériques et des dispositifs immersifs à l’aide de données provenant d’environnements réels ;
  • Vision machinique, interfaces XR/VR/AR/MR, images opératoires : technologies de calcul algorithmique de l’environnement et de leurs effets épistémologiques, esthétiques et politiques ;
  • Spécificités et enjeux de la captation numérique du vivant (paysages, animaux, plantes)
  • Tensions et compatibilités éthiques entre le numérique et l’écologique : questionnement sur la cohérence fins/moyens et sur les externalités négatives liées à la construction des images environnementales.

Conception scientifique : Federico Biggio (PRIM – Univ. Tours) – federico.biggio@univ-tours.fr